Types de travaux et risques associés

Ce chapitre est directement basé sur l'ouvrage M. Julien Denayer, qui a recensé, repéré, cartographié et décrit les gîtes de minerais de fer de Wallonie, sur base d'une multitude de sources. (Denayer J., Pacyna D. et Boulvain f. Le Minerai de fer en Wallonie : cartographie, histoire et géologie, Editions de la Région wallonne, 2010) . Ce qui suit est en très grande partie tiré d'un poster résumé qu'il a préparé.

Les minières et exploitations libres rencontrées en Wallonie peuvent être regroupées en 4 catégories :

  • Minières de fer (minerais "oxydés") reprenant les groupes suivants :
    • les exploitations de minerais filoniens du Bassin de Namur,
    • les exploitations de minerais filoniens de la Vesdre,
    • les exploitations de minerais de l'Ourthe,
    • les exploitations de minerais du Condroz et de l'Entre-Sambre et Meuse,
    • les exploitations de minerais filoniens de la Calestienne,
    • les exploitations de minerais en couches de la Calestienne,
    • les exploitations de minerais en couche du sud de Namur,
    • et quelques autres groupes.
  • Exploitations libres d'oligiste au nord de la Meuse,
  • Minières et mines de fer de Gaume,
  • Exploitations de minerai ferro-manganésifère de la Lienne.

Minières de fer (minerais "oxydés")

Les exploitations de minerais oxydés ont été extrêmement nombreuses le long de certains contacts géologiques et à la partie supérieure altérée de certains gîtes métalliques (chapeau de fer), depuis Erquelinnes jusqu'au Pays de Herve et en Ardennes.

Au 19ème siècle, elles ont alimenté l'industrie sidérurgique wallonne.

On peut distinguer, avec J. Denayer, les groupes suivants qui ont donné lieu à une exploitation par travaux souterrains :

Les exploitations de minerais filoniens du Bassin de Namur

Ces gîtes de minerais de fer sont constitués des chapeaux de fer de filons d'orientation NNE-SSW traversant les calcaires carbonifères. Il s'agit de filons formés de marcassite (sulfure de fer, de galène (sulfure de plomb) et de blende (sulfure de zinc). Le chapeau de fer représente la partie supérieure, altérée, formée de limonite (mélange d'hydroxyde de fer).

Ces gîtes ont été exploités intensivement depuis le Moyen-Âge jusque vers 1860-70. L'exploitation se faisait à ciel ouvert, mais surtout par de très nombreuses paires de puits, parfois très profonds (jusqu'à 70 m, pour moins d'un mètre de diamètre), d'où rayonnaient, sur la hauteur du gisement, de très courtes galeries (quelques mètres à une vingtaine de mètres) servant de chantiers d'exploitation. Ces chantiers étaient plus ou moins remblayés au moyen des déchets de l'exploitation. On peut ainsi trouver plusieurs centaines de puits sur l'alignement d'un filon ou l'épanchement d'un amas qui y est lié.

Ces gisements étaient peu profonds : de 10 à 100 m, avec des largeurs variables (de quelques mètres à quelques dizaines de mètres), mais pouvaient parfois se poursuivre, en longueur, sur des centaines de mètres.

Il en résulte, aujourd'hui, des zones plus ou moins importantes, présentant de mauvaises caractéristiques géotechniques (risques de tassements, voire d'affaissements).

Ces exploitations sont connues sur Rhisnes, Vedrin, Bomel, Bouge, Champion, Cognelée, Bonnine, Gelbressée, Lives, Marche-les-Dames, Vezin, Seilles, Landenne, Héron, Couthion, Lavoir, Huy, Ampsin, Amay, Flône et Engis.

Les exploitations de minerais filoniens de la Vesdre

Les gîtes de la vallée de la Vesdre sont liés à des filons de marcassite, de galène et de blende dont les chapeaux de fer étaient enrichis en limonite (hydroxydes de fer) et en calamine (mélange d'oxydes, de carbonates et de silicates de zinc). Ces filons traversent les calcaires dévoniens et carbonifères.

Ils ont été exploités, ici aussi, depuis le Moyen-Âge jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale, avec les minerais métalliques des filons, dans la vallée de la Vesdre, de Chaufontaine à la frontière allemande.

On trouve ces exploitations à Plombières, La Calamine, Moresnet, Welkenraedt, Henri-Chapelle, Eupen, Theux, Verviers, Dison, Olne, Chaudfontaine et Kinkempois.

Les risques sont les mêmes que pour les minerais des filons du Bassin de Namur.

Les exploitations de minerais de l'Ourthe

Les gîtes de la vallée de l'Ourthe et de ses affluents sont des amas de limonite et de goethite (hydroxydes de fer) étendus entre les roches gréseuses et calcaires du Dévonien et du Carbonifère.

Ces gîtes s'étendent entre Tilff et Wéris, par Tavier, Anthisnes, Ellemelle, Plainevaux, Esneux, Dolembreux, Rotheux, Comblain-au-Pont, Banneux, Deigné, Sougnée, Remouchamps, Aywaille, Harzée, Xhoris, Ferrières, My, Izier et Heyd.

J. Denayer signale que les gîtes de Ferrières et de Dolembreux étaient déjà exploités au 11ème siècle. Ces minerais ont été une des principales sources d'approvisionnement en fer de la sidérurgie liégeoise jusqu'au 19ème siècle.

Les exploitations de minerais du Condroz et de l'Entre-Sambre et Meuse

Ces gîtes comptent parmi les plus importants de Wallonie. Ils s'agit de grands amas de limonite et de goethite (hydroxydes de fer) couchés entre les roches gréseuses et calcaires, principalement entre les grès famenniens et les calcaires dinantiens. D'autres amas sont situés entre les grès et les calcaires du Dévonien moyen ainsi qu'entre les schistes et les calcaires du Dévonien supérieur.

L'exploitation de ces gîtes a débuté à l'époque gallo-romaine et a atteint un niveau industriel dès le 12ème siècle. Elle s'est poursuivit jusqu'au début du 20ème siècle, laissant par endroits de nombreuses cicatrices dans le paysage (les "bayauts", dépressions occupées par des étangs). Les fourneaux, forges ou laminoirs ont été très nombreux dans cette région.

Une douzaine de concessions de mines de fer ont été octroyées entre 1820 et 1830 dans l'Entre-Sambre et Meuse, sur ces gîtes, mais les exploitations y ont été exclusivement menées sous le régime des minières.

Ces gîtes s'étendent sur les communes d'Erquelinnes, Merbes-le-Château, Ragnies, Cour-sur-Heure, Berzée, Gourdinne, Somzée, Acoz, Gougnies, Gerpinnes, Bambois, Maison Saint-Gérard, Lesves, Arbre, Biesme, Pontaury, Boissière, scry, Mettet, Graux, Denée, Furnaux, Salet, Sosoye, Hanezinne, Oret, Stave, Biesmerée, Yves-Gomezée, Daussois, Jamagne, Hanzinelle, Thy-le-Baudouin, Onhaye, Weillen, Serville, Lisogne, Sorinnes, Hamois, Natoye, Mont, Lusin, Maillen, Courrière, Gesves, Naninne, Wierde, Marchin, Vierset, etc.

Ces gîtes ont été exploités à ciel ouvert et par de très nombreux puits de très faible section avec des travaux souterrains peu étendus et peu profonds (30 à 50 m).

Les risques sont les mêmes que pour les gîtes filoniens du Bassin de Namur et de la vallée de la Vesdre.

Les exploitations de minerais filoniens de la Calestienne

Les gîtes de minerais de fer de la Calestienne sont liés à des gîtes filoniens de marcassite, de galène, de blende et de baryte (sulfate de baryum), dont ils constitue le chapeau de fer, avec la calamine.

Ces gîtes ont été mis en exploitation depuis l'Antiquité et ont connu une exploitation industrielle dès le 17ème siècle. Les derniers travaux datent des environs de 1870 pour la vallée du Viroin et de 1920 pour la concession de Heure.

Ces filons sont inclus dans le périmètre d'une quinzaine de concessions de mines métalliques et de mines de fer octroyées entre 1805 et 1850 : les deux plus vastes sont celles de Durbuy (n° xxx) et de Rochefort (n° xxx).

Ces gîtes sont dispersés dans la Calestienne et le Massif de Philippeville, sur les communes de Barbençon, Neuville, Sautour, Vodecée, Villers-en-Fagne, Matagne, Roly, Dourbes, Vierves-sur-Viroin, Treigne, Niverlée, Pondrôme, Beauraing, Halma, Chanly, Tellin, Ave-et-Auffe, Rochefort, Jemelle, On, Heure, Septon et Durbuy.

Les risques sont les mêmes que pour les gîtes filoniens du Bassin de Namur et de la vallée de la Vesdre.

Les exploitations de minerais en couches de la Calestienne

Une couche de minerai oolithique, dont les oolithes étaient constituées d'hématite (aussi appelé "oligiste" = oxyde de fer Fe3O4) et de sidérite (carbonate de fer) a été exploitée dans les formations d'âge eifelien (ex-Couvinien).

Ces exploitations s'étendaient de Momignies à Petigny, les minières les plus importantes se trouvant à Chimay et à Forges. Un autre ensemble s'étendait de Wellin à Champlon, avec les plus grands sites à Bure et Forrières.

Ici aussi, la mise à fruit de ces gisements date du Moyen-Âge.

Les risques y sont relativement faibles et concernent surtout les puits d'accès, qui présentent les mêmes problèmes que les puits de mines. Il n'existe pas de plans de ces exploitations et seuls quelques puits sont connus.

Les exploitations de minerais en couche du sud de Namur

Une couche d'oligiste oolithique d'âge famenien a été exploitée au sud et au nord de la Meuse et de Namur. La majorité des gîtes exploités au nord sont repris plus bas dans la catégorie des "exploitations libres de minerais de fer".

La couche exploitée en rive droite de la Meuse, s'étend entre Aisemont et Engis et a été exploitée à Naninne, Faulx-les-Tombes, Haltinne, Ben et la vallée de la Solière, Huy, Amay et Engis. Nous ne connaissons de plans que pour les exploitations près du château de Ben-Ahin.

Il s'agit de minerais qui n'ont été exploités qu'après 1830-40, lorsque les nouveaux procédés métallurgiques ont permis de tirer du fer de ce minerai à haute température de fusion. Toutes les exploitation de la branche de la rive droite avait cessé avant la fin du 19ème siècle.

Pour mémoire

Il existait d'autres groupes de gîtes de minerais de fer, mais exclusivement exploités à ciel ouvert :

  • le minerai (goethite et limonite) des cavités kryptokarstiques des vallées du Viroin et de l'Eau noire (dont le Fondry des Chiens et les Abannets) ;
  • le minerai de Gaume, sous forme de gravier ferrugineux de fonds de vallée, restes d'indurations ferrugineuses intercalées dans les formations meubles locales.

Exploitations libres d'oligiste au nord de la Meuse

On va retrouver dans cette catégorie pratiquement toutes les exploitations dans la branche de la couche d'oligiste du Famennien affleurant au nord de la Sambre et de la Meuse, entre Les Isnes et Couthuin.

Les exploitations de Ben-Ahin et de la vallée de la Solière, sur la bande sud d'affleurement, étaient également des exploitations libres.

La couche, exploitée entre 1840 et 1946 (Couthuin), est constituée de plusieurs laies de minerai oolithique. La couche a un pendage sud d'une vingtaine de degrés.

L'exploitation était menée par taille, comme pour les couches de houille, entre une vingtaine de mètres et plus de 200 m de profondeur.

Elle était desservie par des puits de très forte section (9 à 30 m²), souvent de section carrée. Les roches traversées étant particulièrement dure, les puits n'ont pas été approfondis jusqu'au pied des exploitations : les produits remontaient sur de larges plans inclinés ("grâles") établis dans l'épaisseur de la couche.

Plusieurs longue galeries, de bonne section, donnaient également accès à ces travaux et servaient à l'exhaure. Etablies dans des roches cohérentes, au niveau du pied de versant de la vallée de la Meuse, ou plus haut, sur des affluents, elles ne présentent pas de risques particuliers. On peut citer les galeries de Marche-les-Dames et de Ferrauge (Marche-les-Dames), les galeries Sainte-Barbe, de Sclaigneaux et de Vezin (Sclaigneaux, Vezin) et la Galerie de Java, s'ouvrant au hameau de Java et remontant jusqu'au nord du village de Couthuin.

La zone d'exploitation s'étend sur Les Isnes, Rhisnes, Emines, Daussoulx, Cognelée, Marchovelette, Franc-Waret, Ville-en-Waret, Marche-les-Dames, Houssoy, Vezin, Landenne et Couthiuin.

Certaine de ces exploitations ont été concédées avant 1830 (Boninne, Marquis de Croix, Maîtres de Forges et de Couthuin) ou après 1911 (Chant d'Oiseaux).

Des risques de tassement limités n'existent que vers les affleurements.

Par contre, il convient de se méfier des puits, souvent de très forte section et parfois très nombreux (Namur, Couthuin). Il semble que certains de ces puits seraient restés ouverts ou ont été fermés au moyen de plancher ou de voûte lors de la crise des années 1870-1880 dans l'attente d'une reprise d'activité.

Dans la région de Ville-en-Waret / Houssois, on trouve des travaux anciens dans les parties supérieures, altérées, de la couche. On y rencontre de nombreux petits puits de moins d'un mètre carré, au milieu de dépôt de terres très rouges. Les risques y sont limités à des débourrages occasionnels de puits.

Minières et mines de fer de Gaume

D'autres exploitations existaient en Gaume, dans une couche de fer oolithique d'âge jurassique ("minette"), épaisse de quelques mètres. Cette couche est connue localement sous le nom de "minette de Lorraine".

Le petit bassin belge est en fait la terminaison nord du vaste bassin ferrifère de la Lorraine française et du Grand-Duché de Luxembourg.

À l'origine, ces exploitations avaient été ouvertes sous le régime des minières, dans la seconde moitié du 19ème siècle. Une grande partie de cette couche et des anciennes minières a été concédée à partir des années 1920 et exploitée sous le régime minier sensu stricto jusqu'en 1976 (Musson et Halanzy).

Elle a été exploitée par chambres et piliers abandonnés mais aussi par dépilage ou repris, provoquant alors un fort affaissement en surface, heureusement située en zone forestière.

L'accès aux travaux se faisait par de grosses galeries horizontales à flanc de coteau, aujourd'hui fermées et équipées pour le passage des chiroptères. Quelques puits d'aération jalonnent les forêts au-dessus de la mine.

Étant donné la localisation en zone forestière, les risques sont limités.

Les exploitations de minerai ferro-manganésifère de la Lienne

Les couches de minerais de fer et de manganèse de la vallée de la Lienne ont été exploitées sous le couvert de concessions de manganèse octroyées au 19ème et 20ème siècles.

Toutefois, les parties superficielles altérées ont été exploitées dès le Moyen-Âge dans les vallées de la Salm et de la Lienne, à Werbomont, Chevron, Rahier, Malempré, Lierneux, Verleumont, Vielsalm, Rogné, Fraiture, Hebroval, Ottré et Bihain.

Presque tous ces gîtes sont en milieu forestier.

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